JOURNÉE D'ÉTUDE SUR LA SEXUALITÉ FÉMININE
Organisée le 27 juin 1992 par le Centre de Recherches des Dysfonctions
Sexuelles et animée par Pierre Lavoisier cette journée a été ouverte par le
Pr Georges Abraham, qui a placé d'entrée de jeu, la recherche sur la sexualité
féminine dans un cadre théorique très large.
Il a ainsi brillamment exposé les motivations qui font qu'on n'accorde
pas à la femme dans notre société le droit à une pathologie organique.
Il est curieux de constater que de nombreuses études sont réalisées depuis
une dizaine d'années sur les divers aspects de la pathologie organique
masculine et que pendant la même période pratiquement aucune recherche
scientifique n'avait été effectuée sur les dysfonctions sexuelles féminines
organiques ; comme si cette pathologie se situait résolument sur le versant
psychologique. Alors que nous savons par exemple qu'il existe dans les suites
d'accouchement, des lésions musculaires neurologiques parfaitement
objectivables.
Après un rappel anatomique, notamment en ce qui concerne les anorgasmies du
post-partum, A. Watrelot a expliqué les divers mécanismes des algies coïtales.
M. Pugeat, endocrinologue à 1'Hôpital de l’Antiquaille de Lyon, a fait le
point sur les aspects hormonaux du comportement érotique féminin. en mettant
1'accent sur le rôle des androgènes dans le désir féminin.
Après un travail qui met en évidence 1'existence d'un nouveau réflexe
vasculaire chez la femme, R. Alaoui, PhD. du Centre de Recherches sur les
Dysfonctions Sexuelles, a montré que le fait d'introduire une sonde dans la
cavité vaginale provoquait une augmentation du débit artériel dans les artères
clitoridiennes, lequel était multiplié par un facteur 10. A propos du rôle
des muscles périvaginaux dans 1'aptitude à 1'orgasme, P. Lavoisier insista sur
la corrélation de leur force à cette aptitude.
Selon lui, un bon tonus périvaginal permet de provoquer au cours de la pénétration
des variations de pression au niveau du gland, nécessaires au maintien de la
rigidité pénienne. Les variations de pression au niveau du gland permettent en
effet de stimuler un réflexe ischio-caverneux entraînant des pics de rigidité.
Les conséquences en sont que, face à une anorgasmie, il pourrait être nécessaire
de pratiquer un test avec un périnéomètre ou un vagibar, destinés à mesurer
la force musculaire des périvaginaux. Ce test serait également utile dans
1'impuissance de façon à vérifier que le delta de pression intravaginal est
suffisamment élevé pour entraîner 1'érection.
En ce qui concerne la sensibilité vaginale et clitoridienne, un certain nombre
d'évaluations ont été présentées :
-
un test objectif de mesure du seuil de sensibilité au Tact épicritique.
-
la bio-thésiométrie par un appareil permettant de mesurer le seuil de
sensibilité à la vibration,
-
le vagibar, sonde gonflable, reliée à un manomètre qui détermine le
seuil de sensibilité à la pression.
P. Lavoisier détailla encore d'autres aspects de la cybernétique
sexuelle. En effet, il a pu établir que les variations de pression au niveau du
gland permettent non seulement de provoquer le réflexe vasculaire qui augmente
le débit artériel au niveau du pénis, mais le réflexe ischio-cavemeux qui
joue un rôle dans le maintien de la rigidité pénienne.
Chez la femme, les deux mêmes réflexes existent : le réflexe vasculaire
augmente le débit d'entrée dans le corps caverneux clitoridien et le réflexe
ischio-caverneux provoque une contraction des muscles périvaginaux.
Au cours de la pénétration, le gland est soumis, dans le tiers externe, à une
pression élevé liée à la musculature périvaginale, qui favorise le réflexe
vasculaire chez 1'homme, et le réflexe ischio-cavemeux. A 1'union du tiers
externe et du tiers moyen, la chute de pression intravaginale déclenche à
nouveau les deux réflexes, chez 1'homme, comme chez la femme. Il existe donc
une synergie homme-femme, avec un feed-back positif, les réactions de 1'un
amplifiant les réactions de 1'autre.
Ces constatations poussent, lors d'une conjugopathie, à pratiquer des tests
aussi bien chez 1'homme que chez la femme, destinés à mettre en évidence un dysfonctionnement
de cette cybernétique.
R.J. Opsomer de 1'Université de Louvain, en Belgique, détailla les
explorations neuro-physiologiques de la sphère génitale féminine, développa
1'intérêt de 1'utilisation des potentiels évoqués, test très simple
permettant, par une stimulation électrique endo-vaginale et un recueil
cortical, de se faire une bonne idée de 1'axe sensitif vagin-cortex.
Une étude réalisée par N. Lavoisier, assistant
au Centre de Recherche des Dysfonctions Sexuelles a montré que des mesures de
température clitoridienne peuvent être faites lors de 1'introduction d'une
sonde endo-vaginale.
D'une façon générale, la mise en place de la sonde provoque une augmentation
de la température clitoridienne très certainement en rapport avec le réflexe
vasculaire. Mais il a relaté des chutes de température importantes, de 1'ordre
de 2 degrés chez des femmes vaginiques. Cette étude est intéressante, car elle
semble ouvrir la porte à une thérapeutique utilisant les techniques du
bio-feedback chez les vaginiques. On apprendrait alors progressivement à
inverser ce "réflexe".
P. Lavoisier nous a présenté ensuite des mesures nocturnes chez la femme par
le biais de la photopléthysmographie, qui permet de mesurer les augmentations
de débit artériel péri-vaginal au cours des phases de sommeil paradoxal.
Elles sont couplées à des mesures de température, de pression et des mesures
de 1'E.M.G. périnéal, et dans un proche avenir, elles pourront très
vraisemblablement permettre la mise en place de mesures nocturnes similaires à
celles pratiqués chez 1'homme, pour explorer les pathologies organiques.
D. Sroussi, psychothérapeute, a développé ensuite un chapitre très intéressant
sur les mesures objectives des perturbations émotionnelles. Par une
étude au tachistoscope, elle a présenté une étude qui objective les retards
à la perception de certaines images, qu'on peut considérer comme
conflictuelles. On peut faire 1'hypothèse que ce test représente un pas vers
1'objectivation de conflits intrapsychiques.
Avec une brillante synthèse des différents travaux de cette journée, G.
Abraham a posé des hypothèses constructives qui peuvent être le point de départ
d'un travail de recherche structuré sur les dysfonctions sexuelles féminines.
Un press-book de 166 pages regroupant les articles ayant servis de base à ce
congrès est en vente au prix de 400 FF.
La demande peut en être faite auprès du Pr Lavoisier, Centre de Recherches des
Dysfonctions sexuelles, Clinique St MAURICE - 85 Cours A. Thomas - 69624 LYON.